Au début du siècle, la religion a encore une forte emprise sur la société. L'homosexualité commence à s'afficher, mais seulement dans les milieux artistique et politique. La France étant le seul pays d'Europe à ne pas condamner l'homosexualité, c'est à Paris que se développe un épanouissement culturel et artistique sans précédent. L'homosexualité se fait plus visible, elle devient même festive. des établissements homosexuels sortent de la clandestinité, ce sont des endroits festifs et sociaux, bien qu'ils soient encore associés à des lieux de prostitution. C'est ainsi qu'en 1919, le Liberty's Bar, premier cabaret de travestis, ouvre ses portes à Paris.

    Plus l'homosexualité devient visible au regard de la société, plus l'homophobie grandit. Certains journaux satiriques n'hésitent pas à caricaturer les homosexuels sous des traits efféminés. Ils dénoncent l'évolution des mœurs mais sont souvent destinés à discréditer certains hommes politiques soupçonnés, à tort ou à raison, d'être homosexuels.

    L'homosexualité reste donc tabou malgré une certaine libération. C'est ainsi que, dans les années 1930, les cabarets et les établissements pour homosexuels, dont les lesbiennes, se multiplient dans la capitale française. Mais sous leurs apparences de liberté et d'insouciance, les années 30 cachent des rafles de polices dans les bars et établissements quasi quotidiennes, des agressions anti-homosexuels, des chantages mais aussi l'envoi d'adolescents chez des psychiatres, quand ce n'est pas l'enfermement.

    Dans les années 1910, Magnus Hirschfeld permettra à la société du XXème siècle de considérer l'homosexualité comme “innée”, une “variété sexuelle” immuable et non plus comme “anormale”. C'est ainsi qu'il créera l'Institut pour la Science Sexuelle en 1920.

    Après la Première Guerre Mondiale, la France étant redevable envers les femmes pour leur travail lorsque les hommes étaient en guerre, leur émancipation est des plus flagrantes.

    A cette même époque, la psychiatrie en France prend une plus grande importance, considérant l'homosexualité comme contre-nature, immature et corruptrice de la jeunesse. Dans les années 1930, l'Allemagne, avec l'arrivée du nazisme, va assister à la persécution et la déportation des homosexuels entre autres. Alors que Magnus Hirschfeld parvient à trouver refuge en France, l'Institut des Sciences Sexuelles sera sacagé par les jeunesses hitleriennes le 6 mai 1933. Les années 40 verront alors des déportations et des exterminations massives d'homosexuels, reconnaissables par un triangle rose, qui s'inscrivent dans une logique de répression des « indésirables ».

    La traversée des années 40 a été un important retour de bâton pour les homosexuels. Pour la première fois depuis la révolution, la France de Vichy avait imposé une loi criminalisant l'homosexualité, comme elle avait aussi instauré des lois racistes. A la Libération, les lois racistes et antisémites ont heureusement immédiatement été supprimées. Mais le législateur a décidé, en toute conscience, le maintien des dispositions homophobes et en particulier de l'article qui condamne à de la prison toute relation homosexuelle entre adultes ou avec une personne de moins de 21 ans. La majorité sexuelle pour les hétérosexuels restant fixée à 15 ans fait que les homosexuels deviennent des citoyens de second ordre. Les homosexuels se cachent alors non seulement de la société mais aussi de leurs proches.

    Après la Seconde Guerre Mondiale, en URSS, ces déportations restent d'actualité. L'homosexualité, envisagée comme un vice capitaliste, est punie de déportation au Goulag ou « traitée » par électrochocs ou par castration. En Allemagne, plus de 45000 homosexuels sont condamnés entre 1950 et 1965. Pourtant quelques bars très fermés réapparaissent à Berlin-Ouest et dans d'autres grandes villes. En Angleterre, la persécution des homosexuels devient un principe éducatif. Se mettent alors en place de véritables chasses à l'homme suivies de procès très médiatiques, y compris chez les artistes et les politiques. L'Italie et l'Espagne restent des pays extrêmement catholiques et puritains. En effet, en Espagne, l'église catholique et le franquisme interdisent toute expression homosexuelle. On enferme les homosexuels dans des établissements de "rééducation sociale" car ils sont considérés comme des "périls sociaux" tandis que les artistes homosexuels sont condamnés à l'exil. La Hollande, la Suisse et la Scandinavie sont les seules à être plus tolérantes sur le sujet.

    On voit alors apparaitre les premières associations homosexuelles sans vocation revendicative ou politique mais d'entraide pour une communauté opprimée. La première organisation homosexuelle française voit le jour : ARCADIE. Les homosexuels deviennent des homophiles.

    Ce n'est pas en Europe, mais aux Etats-Unis que la révolution homosexuelle débute avec la création en 1969 de la Gay Liberation Front (GLF) qui annoncera la naissance, 40 ans plus tard, de la désormais célèbre Gay Pride, organisée dans des dizaines de villes à travers le monde. On fête ce jour-là le souvenir de la première révolte homosexuelle, qui a eu lieu en 1969, à New-York, suite à une nouvelle intervention de la police dans un club homo, le Stonewall. Les événements de Stonewall vont devenir le symbole de la fierté homo car pour la première fois les homosexuels s'unissent en une force politique et de réaction envers l'oppression du pouvoir hétérosexuel. 

 

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    Malgré les mouvements issus de mai 68, qui prônent la révolution sexuelle, l'abandon du patriarcat et de la cellule familiale traditionnelle, les homosexuels auront des difficultés à se faire entendre y compris auprès des jeunes révolutionnaires dont l'ouverture d'esprit reste encore parfois encombrée de préjugés tenaces. C'est le Front Homosexuel d'Action Revolutionnaire (FHAR), encore embryonnaire à la fin des années 60, qui va se structurer durant les années 70 et progressivement impulser, par des actions de masse, un changement des mentalités et de la législation. 

    L'emploi du mot "gay" pour désigner les homosexuels, va se répandre peu à peu en France à partir des années 70. Le mot a d'ailleurs été emprunté par les anglo-saxons, depuis les années 40, au vieux français "gai" qui est synonyme d'agréable, joyeux. Au début du XXème siècle, quand on fait référence au "Gay-Paris", on ne parle pas spécifiquement du Paris homosexuel mais du Paris du plaisir, de la débauche ou de la liberté sexuelle. Il est à noter, qu'à l'origine l'expression désigne aussi bien les homosexuels masculins que les lesbiennes, mais ces dernières vont peu à peu considérer que ce mot ne peut pas leur être appliqué et qu'il relève plus d'une culture spécifique que de l'attirance pour les personnes du même sexe. 

    Suite à la Seconde Guerre Mondiale, l'Europe voit apparaitre une population jeune avec le Baby-boom des années 50. Cette jeunesse refuse d'être étouffée par les codes et les conventions. 

    Le 20 décembre 1981, l'Assemblée Nationale vote l'abrogation de l'article 331-2 qui établissait une différence de majorité entre hétéros et homos. Le 4 août 1982, cette loi qui dépénalise l'homosexualité en France est promulguée. La France a rejoint avec retard le cercle des nations civilisées qui l'avaient précédée dans la dépénalisation de l'homosexualité puisque la Suisse l'avait dépénalisée dès 1942, l'Angleterre en 1967, l'Allemagne en 1969. 

Cependant l'opinion publique reste réticente face a la possibilité d'un couple entre personnes d'un même sexe. C'est ce que nous pouvons constater par exemple dans les interventions médiatiques.

    Suite à la découverte du Sida en 1981, qui semble ne toucher que les homosexuels, la presse s'en donne à coeur joie en publiant des articles qui dénoncent le vagabondage des homosexuels ou le poppers (excitant sexuel et drogue, souvent utilisé dans les backrooms). Les religieux parlent alors du châtiment de Dieu qui s'abat sur les homosexuels.

Ce n'est qu'en 1992 que l'homosexualité est retirée de la liste des maladies psychiatriques. Ainsi, les médecins et les scientifiques s'accordent sur le caractère non pathologique de l'homosexualité comme l'avancait déjà Magnus Hirschfeld environ 90 ans plus tôt.


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